Démocratisé par la crise du Covid, le télétravail a-t-il un impact positif sur la productivité ?

Avant la crise sanitaire, rares étaient les salariés à télétravailler de manière régulière. Les confinements et autres mesures liées au Covid-19 ont changé la donne, modifiant le quotidien de très nombreux Français. Les retours sont d’ailleurs positifs : 98% des 15.000 répondants à une enquête menée par la CGT ont indiqué qu’ils souhaitaient continuer à télétravailler à temps partiel une fois l’épidémie terminée. « Travailler chez soi évite des trajets, permet plus d’autonomie et une meilleure concentration », note le syndicat, qui y voit aussi « en creux la dégradation du travail en présentiel et le management autoritaire ».

Du côté des managers, la question de la productivité s’est forcément posée. Est-on plus efficace chez soi ? La communication plus difficile ne nuit-elle pas à l’efficacité des équipes ? Deux ans après l’émergence du Covid, le constat est globalement positif et fait écho à des travaux de chercheurs mettant en avant une aussi de la productivité grâce au télétravail.

En janvier 2021, la Banque de France proposait un article d’analyse précisément consacré à l’impact du travail à la maison sur la productivité. Un sujet d’autant plus important qu’il « devrait rester une pratique commune dans le futur », écrivent les auteurs. Ils concluent que « cela pourrait se traduire par des effets favorables sur la productivité des entreprises », par le biais notamment de « l’accélération de la diffusion des technologies ». Un passage en revue de la littérature économique sur la question incite néanmoins à une organisation digne de ce nom dans les entreprises, puisque « le plein bénéfice de cet effet favorable appelle une préparation appropriée ».
La Banque de France partage les observations d’une analyse récente de l’OCDE (datant de 2020), suggérant « que la relation entre les gains de performance et l’intensité du télétravail aurait la forme d’une courbe en U inversée, le ‘dosage optimal’ dépendant évidemment de l’activité ». La courbe est question est la suivante.

Les études diligentées ces dernières années mettent en lumière le fait qu’un « ralentissement des interactions entre collègues réduit la circulation des informations au sein de la sphère professionnelle ». Conséquence logique, « le télétravail à 100% de l’ensemble des postes éligibles peut nuire à la productivité », ce qu’illustre d’ailleurs bien le graphique.

On note qu’en fonction du degré de préparation et d’anticipation des entreprises, la mise en place d’une large part de télétravail se révèle plus ou moins efficace. Quand les auteurs d’une étude conduite en Chine observaient des télétravailleurs « nettement plus productifs – avec des gains de productivité de l’ordre de 20% -, plus heureux et moins susceptibles de quitter l’entreprise », d’autres travaux font remarquer qu’un déficit de réflexion en amont pouvait avoir des effets contraires et nuire à l’efficacité des travailleurs.
Banque de France
« Le passage au télétravail durant les confinements de 2020 a généralement été réalisé dans des conditions défavorables, limitant les éventuels effets positifs sur la productivité », constate la Banque de France. « Ce passage s’est fait le plus souvent sans concertation, sans matériels adaptés, et sans que ni les travailleurs ni leurs managers n’aient été préparés et formés au préalable. Enfin, l’environnement a pu parfois ne pas favoriser le travail effectif comme la présence d’enfants lorsque les structures scolaires étaient fermées pour des raisons sanitaires. »

Malgré une mise en place chaotique, les DRH semblent tirer un bilan assez positif du déploiement du télétravail. Une enquête réalisée à l’initiative de Microsoft auprès de services des ressources humaines d’entreprises de 50 salariés et plus l’a montré : 90% des sondés ont estimé que la productivité n’avait pas été réduite durant le Covid. Ce qui laisse entrevoir des effets positifs à long terme, avec une meilleure adaptation à ces nouveaux usages.

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